Enfin, après 5 jours d'attente, le vent se montre plus clément et nous décidons de partir à 0 heure ce matin en direction de l'Angleterre.
Nous larguons les amarres et rangeons les bouts et les pare-battages dans l'avant port avant de franchir la passe de sortie du port et de nous diriger vers le Nord-Est. Le vent vient de l'Est, donc nous sommes au près (angle de 36° par rapport à l'axe du vent).
Celui-ci souffle entre 16 et 18 nœuds (force 4 à 5) et François prend un ris dans la grand-voile. Puis, très rapidement, il en a pris un second car le vent forcissait bientôt de 20 à 25 nœuds (force 5 à 6). Nous avons également pris un ris, puis 2 dans le génois. C'est sous cette voilure réduite que nous avons affronté une mer formée avec une forte houle d'Est. En résumé : ça souffle fort et ça ballotte beaucoup.
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| La bouée couronne se lève automatiquement au dessus de force 6... |
Nous espérons une accalmie dans la journée : sans succès. C'est éprouvant pour les organismes car nous sommes beaucoup secoués dans tous les sens et tout déplacement dans le bateau doit être soigneusement exécuté pour ne pas valser.
Imaginez : vous avez sans doute expérimenté les fauteuils sur vérins hydrauliques dans les parcs d'attraction, et bien c'est un peu cette sensation sur une plus grande échelle (le bateau fait 10 mètres de long). Pas très confortable... Mais, comme qui dirait, on l'a voulu !
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Nous rencontrons quelques pêcheurs valeureux au large : quel dur métier ! |
A la fin de la journée, nous atteignons les environs des Casquets (au large d'Aurigny). Nous avançons bien malgré que nous devions tirer des bords pour éviter la DST (zone de séparation du trafic) que nous n'avons pas le droit de traverser. Au changement de quart, nous prenons la direction de la Grande Bretagne et nous devons traverser les rails de navigation des navires de commerce.
La nuit est claire (demie lune) et il fait beau et pas trop froid (12°).
La première partie de la traversée se passe bien et nous sommes presque arrivés à la limite supérieure du rail. Je ferme les yeux quelques instants et quand je les ouvre à nouveau, je vois un énorme cargo qui arrive dans notre arrière à toute vitesse. Je descends voir nos positions AIS respectives qui ont l'air de dire qu'il va nous couper en deux ! je remonte sur le pont et vois le bulbe avant à quelques mètres de nous. J'ai le réflexe de faire virer le bateau pour éviter la collision. Le cargo nous frôle dans un bruit d'enfer et je nous vois déjà écrabouillés contre sa coque et le bateau coulant en 3 minutes. La trouille de ma vie ! La vague d'étrave remplit le cockpit, envoie un peu l'intérieur du bateau par la porte d'entrée et nous repousse en même temps ce qui nous permet d'éviter la collision. Ouf ! François se reposait dans la cabine : il a eu un réveil musclé !
Nous prenons le temps de faire l'état des lieux et de vérifier que tout va bien : le mat est toujours en place, le tableau arrière et l'hydrogénérateur aussi, donc nous n'avons pas été touchés. Nous mettons la pompe de cale en route pour pomper l'eau embarquée et celle-ci fait son travail en quelques minutes. Il n'y a pas de voie d'eau. Tout à l'air normal et nous pensons avoir échappé au pire. C'était moins une ! Comme quoi, en mer, tout peut arriver très vite. (pour mémoire, le cargo ne s'est même pas aperçu qu'il avait failli nous envoyer par le fond et a continué sa route tranquillement).
Nous poursuivons notre route et changeons de quart pour l'autre moitié du rail. Nous atteignons la côte anglaise dans la matinée, au sud de l'ile de Wight. Le vent se calme petit à petit et nous larguons les ris dans le génois et la grand voile. Il fait beau et assez chaud et nous séchons au soleil.
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| Les Needles, la pointe Sud-Ouest de l'ile de Wight : paysage blanc et très découpé. |
En fin d'après-midi, nous nous apercevons que le frigo ne fonctionne plus. La tuile ! Nous avons fait le plein à Roscoff avant de partir. Il va falloir faire vite pour tout avaler.
Le vent tombe tout à fait et nous mettons le moteur en route vers 17h00 ce samedi soir. Le bateau étant beaucoup plus tranquille, cela nous permet de faire un peu de toilette et de dîner assis dans le carré. La nuit est calme mais froide (8°) et le temps est clair et lumineux.
| Le phare de Dungeness au ras de l'eau. |
Nous approchons de Douvres, mais le vent est monté au Nord-Est et nous nous dirigeons vers le Nord-Est, donc nous l'avons dans le nez. Nous sommes cuits et trop fatigués pour envisager de tirer des bords : nous finissons le trajet au moteur et nous gagnons 6 heures sur l'heure prévue par le routage à la voile. Nous arrivons à Douvres à 13h00. Nous avons navigué 2 jours et 13 heures et parcouru 303 miles (561 km).
| La porte d'entrée du lieu de repos. |
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| La Marina Curve, le bateau est en bout sur la panne B. |
Nous accostons à la marina, fort bien accueillis par les gens du port et les Borders Forces (police aux frontières) qui étaient déjà à bord avant qu'on ait coupé le moteur.
Nous allons maintenant : prendre une douche - se reposer - nettoyer complètement le bateau - réparer le frigo (ce qui est déterminant pour le reste de l'aventure).
Et demain est un autre jour...





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